Pourquoi avez-vous peur de perdre au tennis ?

Et comment arrêter de jouer pour ne pas rater. Vous menez 5-3, 30-0, vous jouez très bien depuis une heure, et soudain quelque chose change. Vous n'avez pas peur de jouer : vous avez peur de ne pas gagner.

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Un joueur face à un trophée brisé sur un court de tennis

Vous menez 5-3, 30-0. Vous avez très bien joué pendant une heure. Et soudain, quelque chose change. Vous pensez au score. Vous pensez au match que vous êtes en train de gagner. Vous pensez surtout à ce qui pourrait arriver si vous le perdiez. Alors vous vous dites : « Surtout, ne fais pas de double faute. »

Et quelques minutes plus tard, vous êtes à 5-5. Vous vous demandez alors : « Pourquoi est-ce que je joue comme ça alors que je sais faire beaucoup mieux ? »

C'est une situation que je rencontre souvent. Et je pense que la première chose à comprendre est la suivante : vous n'avez pas forcément peur de jouer. Vous avez peur de ne pas gagner.

1. Quand perdre devient plus qu'une défaite

Perdre un match, objectivement, c'est perdre un match parmi des centaines, des milliers. Mais pour vous, cela peut représenter beaucoup plus.

  • Un classement qui n'évolue pas.
  • Une occasion manquée.
  • Le regard de votre entraîneur.
  • Celui de vos parents.
  • Un objectif qui s'éloigne.
  • Ou simplement cette petite voix qui vous dit : « J'aurais dû gagner. »

Le problème commence lorsque le résultat devient un jugement sur vous-même. Je gagne → je suis bon. Je perds → je ne suis pas à la hauteur.

À partir de là, chaque point important prend une dimension supplémentaire. Vous ne jouez plus seulement pour gagner le point. Vous jouez aussi pour éviter ce que représenterait la défaite. Et votre comportement sur le court peut alors changer.

2. Vous commencez à jouer pour ne pas perdre

C'est probablement l'un des pièges les plus classiques du tennis. À l'entraînement, vous vous engagez avec votre coup droit. En match, à 5-3, vous jouez avec davantage de retenue. À l'entraînement, vous cherchez à construire le point. En match, vous cherchez parfois simplement à ne pas faire la faute.

Et tout commence souvent par une phrase apparemment anodine : « Ne rate pas. » Ne fais pas de double faute. Ne donne pas de point gratuit. Ne rate pas ton coup droit.

Le problème, c'est que vous construisez alors votre intention autour de ce que vous voulez éviter, plutôt qu'autour de ce que vous voulez faire.

Les travaux sur les objectifs d'approche et d'évitement montrent notamment que les objectifs centrés sur l'évitement de l'échec peuvent être associés à davantage d'anxiété et à une confiance plus faible que des objectifs orientés vers la maîtrise ou l'amélioration.

Alors, plutôt que « Ne rate pas. », essayez de revenir à : « Qu'est-ce que je veux faire sur ce point ? » Une zone. Une intention. Un engagement. C'est beaucoup plus concret.

3. Vous n'avez pourtant pas besoin de supprimer la peur

C'est ici que je veux apporter une nuance importante. Je ne crois pas que le travail mental consiste à devenir un joueur qui ne ressent plus rien. Vous pouvez être nerveux. Vous pouvez avoir le cœur qui accélère. Vous pouvez sentir vos jambes plus tendues. Vous pouvez avoir peur de perdre. Et malgré tout, très bien jouer.

Rafael Nadal en a donné une illustration parfaite après sa victoire à l'US Open 2017. Lorsqu'un journaliste lui demande comment il a pu paraître aussi calme, Nadal répond : « I was not calm, no? I was nervous. »

Puis il explique qu'il refuse simplement d'adopter un langage corporel négatif qui jouerait contre lui, parce que cela fait partie des choses qui dépendent de lui. Je trouve cette réponse extrêmement intéressante. Nadal ne dit pas : « Je n'étais pas nerveux. » Il dit exactement l'inverse.

Il était nerveux. Mais il avait décidé quoi faire de cette nervosité. C'est une différence essentielle.

4. Et si l'erreur devenait une information ?

Maintenant, imaginez deux joueurs qui font exactement la même double faute à 5-4. Le premier pense : « Je suis nul. Je savais que j'allais la faire. » Le second pense : « D'accord. Qu'est-ce qui vient de se passer ? »

Même faute. Mais pas la même conséquence. Le premier transforme l'erreur en jugement. Le second la transforme en information.

C'est un changement de perspective que je travaille beaucoup avec les joueurs : l'erreur n'est pas seulement quelque chose à éviter, elle peut devenir une information permettant de comprendre son fonctionnement et d'ajuster son comportement.

Parce qu'au tennis, vous allez rater. Vous allez faire une double faute. Vous allez manquer une balle importante. Vous allez perdre un match que vous pensiez gagner.

Le droit à l'erreur ne signifie donc pas accepter de mal jouer. Il signifie pouvoir continuer à jouer correctement après avoir raté.

5. Alors, que faire à 5-3, 30-0 ?

Pas essayer de vous convaincre que vous allez gagner. Pas penser au classement. Pas calculer le nombre de jeux qu'il vous reste à gagner.

Revenez à une question beaucoup plus simple : « Qu'est-ce qui dépend de moi maintenant ? »

  • Votre intention de jeu.
  • Votre attitude.
  • Votre routine.
  • Votre engagement.

Puis vous jouez le point. Et quand il est terminé, vous recommencez. C'est exactement la logique des objectifs de moyens : déplacer votre attention du résultat, que vous ne contrôlez jamais complètement, vers ce sur quoi vous pouvez réellement agir.

Vous n'avez peut-être pas besoin d'avoir moins peur

Vous avez peut-être simplement besoin de ne plus laisser votre peur décider de votre manière de jouer. Vous pouvez être nerveux et engagé.

Vous pouvez avoir peur de perdre et continuer à prendre votre chance en revers. Vous pouvez faire une double faute et continuer à servir des premières balles claquées. Vous pouvez perdre un point important et revenir avec le même schéma sur le suivant. Le but n'est pas de devenir insensible.

Le but est de garder la main sur vos choix lorsque la pression arrive. Et c'est précisément ce qui se travaille.