Pourquoi je pense trop pendant mes matchs de tennis ?

« À l'entraînement, je joue parfaitement. En match, je réfléchis à tout. » Pourquoi la pression vous pousse à contrôler consciemment ce que vous savez déjà faire, et comment redonner une direction utile à votre attention.

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Un joueur entouré de pensées pendant un match de tennis

« À l'entraînement, je joue parfaitement. En match, je réfléchis à tout. » Je l'entends régulièrement.

  • Je pense à mon geste.
  • Je pense à mon placement.
  • Je pense à mon bras.
  • Je pense au score.

Et plus le match devient important, plus la liste s'allonge. Pourtant, vous savez jouer. Alors pourquoi avez-vous soudain besoin de réfléchir à tout ?

1. Quand vous essayez de contrôler ce que vous maîtrisez déjà

Imaginez que je vous demande de marcher. Vous marchez. Vous ne réfléchissez pas à chaque étape. Vous ne vous dites pas : « Pied droit. Transfert du poids. Pied gauche. »

Vous avez appris à marcher. Votre cerveau et votre corps savent faire. Le tennis est évidemment beaucoup plus complexe, mais le principe existe également dans la pratique sportive : avec l'apprentissage, certaines composantes de l'action deviennent suffisamment automatisées pour être exécutées sans surveillance consciente permanente.

Et c'est précisément là que la pression peut créer un paradoxe. Vous voulez tellement bien faire que vous recommencez à contrôler consciemment ce que vous saviez déjà faire.

Les recherches sur le choking under pressure montrent notamment qu'une pression importante peut favoriser une attention excessive portée à l'exécution du geste, et perturber ainsi des habiletés déjà maîtrisées.

2. Plus le match compte, plus vous vous observez

À l'entraînement, vous jouez. En compétition, vous commencez parfois à vous regarder jouer.

  • Est-ce que mon bras est bien placé ?
  • Est-ce que je suis assez relâché ?
  • Est-ce que ma préparation est correcte ?
  • Est-ce que je vais faire une faute ?

Le problème n'est pas d'avoir une pensée. Le problème, c'est lorsque votre attention quitte progressivement le jeu pour surveiller votre propre exécution. Et au tennis, cela peut aller très vite.

Vous devez déjà lire la balle, anticiper, vous déplacer, choisir une zone, frapper et récupérer. Si vous ajoutez en permanence une analyse de votre propre geste, vous augmentez encore la charge mentale. C'est pour cela que je préfère poser une question différente : « Sur quoi veux-tu porter ton attention ? »

3. Se concentrer ne veut pas dire penser plus

C'est un autre malentendu fréquent. « Il faut que je me concentre. » Très bien. Mais sur quoi ?

La concentration n'est pas le fait de serrer les dents pour essayer de ne penser à rien. Votre attention va forcément se poser quelque part. La question devient donc : est-ce que je la place sur quelque chose d'utile ?

Les recherches sur l'orientation de l'attention montrent notamment l'intérêt potentiel d'un focus dirigé vers l'effet recherché du mouvement plutôt que vers une surveillance permanente des différentes parties du corps.

Plutôt que « Mon poignet doit être relâché », vous pouvez avoir « Je joue haut et profond ».

Vous ne cherchez plus à contrôler chaque détail. Vous donnez une direction à votre attention.

4. Pourquoi est-ce encore pire quand le score est serré ?

Parce que le résultat entre alors dans votre tête. À 2-2, vous jouez. À 5-5, vous pensez. Pourquoi ? Parce qu'à 5-5, chaque erreur semble avoir davantage de conséquences. Vous commencez à anticiper.

  • « Si je perds ce jeu… »
  • « Si je perds ce set… »
  • « Si je perds ce match… »

Et pendant que vous êtes déjà en train de jouer le futur dans votre tête, le point actuel est en train de se jouer devant vous.

C'est là que la routine devient intéressante. Elle permet de créer un espace entre les points : observer, accepter ce qui vient de se passer, retrouver un repère, définir une intention, puis revenir au jeu.

5. Le lâcher-prise ne consiste pas à vider sa tête

C'est probablement l'une des choses que je veux le plus faire comprendre aux joueurs. Je ne vais pas vous apprendre à ne plus penser. Ce serait impossible. Le véritable objectif est différent : ne plus laisser vos pensées piloter votre jeu.

Vous pouvez penser « Je suis nerveux. » et jouer quand même. Vous pouvez penser « Je viens de rater. » et revenir quand même à votre plan de jeu. Vous pouvez avoir un doute. Et vous engager quand même.

C'est pour cela que le lâcher-prise ne se décrète pas à 5-5. Il se construit à l'entraînement. Vous expérimentez une routine. Vous trouvez une intention. Vous observez ce qui fonctionne. Vous ajustez. Puis vous répétez. Progressivement, ce qui demandait beaucoup d'attention devient plus naturel.

Vous n'avez peut-être pas besoin de mieux jouer

C'est peut-être la partie la plus importante. Lorsque vous me dites : « Je joue beaucoup mieux à l'entraînement qu'en match. », je ne cherche pas forcément ce qu'il faut ajouter à votre tennis. Je cherche d'abord ce qui change entre les deux situations.

  • Votre attention ? Votre rapport à l'erreur ?
  • Votre niveau d'engagement ? Votre comportement après un point perdu ?
  • Votre rapport au score ? Votre routine ? Votre état interne ?

Parce que le problème est rarement votre niveau de tennis. Et c'est précisément là que le travail mental peut devenir utile.

Quand vous avez l'impression de trop réfléchir pendant vos matchs, commencez par observer quand ces pensées apparaissent et ce qu'elles changent dans votre jeu.